Article renouvelé Jeudi 29 Janvier...
Aujourd'hui, jour de grève, j'aurais dû commencer les cours à 11h05. Je croyais qu'il n'y avait pratiquement pas de bus donc lorsque j'en ai vu un, j'ai piqué un sprint dans ma cité avec tous les escaliers et les obstacles présents, alors que j'étais sûre de le rater.
Bien entendu, il est passé devant moi, sans s'arrêter. Je me suis alors dirigée vers l'arrêt pour attendre patiemment le prochain. D'autres personnes sont arrivées dont une dizaine de filles que je ne connaissais pas. J'avais dû mal à respirer et j'avais envie de vomir.
La dernière chose que je me souviens, c'est d'avoir essayé de me calmer tout en respirant.... et après... le trou noir...
Je me suis réveillée avec des pompiers autour de moi. Un d'entre eux m'a pincé le doigt pour me faire ouvrir les yeux. D'autres hommes étaient autour, en panique. Tous les gens s'inquiétaient et ne pouvaient fournir aucune informations : pourquoi est-elle tombée ? Pourquoi s'est-elle évanouie ?
La première chose que j'ai remarqué en reprenant connaissance, outre le fait que j'avais l'impression de mettre juste endormis, c'est que j'avais des dents cassées. En passant ma langue sur mes dents et dans ma bouche, j'ai eu ce verdict : un goût de sang...
J'étais calme et à la fois paniquée. J'avais mal, mon visage me brûlait. Les filles dont j'ai parlé tout à l'heure étaient, elles aussi, en paniquent. J'entendais "C'est Magali, elle n'était pas comme ça avant". Elles me connaissaient mais pas moi. Ensuite, les pompiers m'ont mise une minerve avant de m'installer sur le brancard puis dans le camion. Je ne pouvais pas parler à cause de mes dents et du liquide que j'avais dans la bouche. Je ne pouvais pas avaler donc je devrais cracher mais c'était compliqué, surtout avec la minerve.
Heureusement que j'avais pris mon portefeuille car dedans, il y avait ma carte d'identité et me carte vitale. Les pompiers m'ont demandée qui ont devait appeler. Je ne savais pas. Ma mère était au travail, et mon père, ... passons. Mon frère est majeur, certes mais bon, je ne sais pas comment il aurait réagit. Donc au bout de dix minutes où les pompiers ont dû me convaincre, j'ai appelé ma mère.
J'avais froid. Je tremblais, c'était horrible. Mais je ne disais rien. De plus, on a dû attendre la police pour pouvoir m'emmener à l'hôpital car je suis mineur. On les a attendus 30 minutes ! 30 minutes où j'avais mal, où ma peau me brûlait, où mes dents me préoccupaient plus qu'autre chose, où j'avais froid malgré le chauffage du camion, où pourtant, j'étais d'apparence très calme.
Pendant ce temps, Mathieu m'apprend par sms que finalement, on n'avait pas cours... Imaginez ma colère ! J'aurais pu rester bien tranquillement chez moi et ne pas être défigurée. Je lui apprends que je vais à l'hôpital tout en lui disant que je vais bien. Je mens mal, je sais. Il m'a dit de donner des nouvelles mais j'étais sûre de le retrouver à l'hôpital. Et j'ai vu juste, en attendant les flics, il y était déjà, ma mère aussi d'ailleurs.
On part enfin. Je demande le nom du pompier qui est resté avec moi pendant que les autres conduisaient, il s'appelle David. J'arrive à l'hôpital, aux urgences. Ma mère est là, elle me regarde, elle a envie de pleurer. Moi, je n'ai pas pleuré depuis le début mais en la voyant, j'ai dû mal à me contrôler. On a parlé et elle a essayé de me faire rire en me parlant des beaux pompiers. Elle refuse cependant de me donner mon miroir.
On me met dans une pièce et je demande le prénom d'un autre pompier, celui qui s'est principalement occupé de moi, il s'appelle Alban. Deux infirmiers viennent nettoyer mon visage. Et je dois raconter mon histoire pour la 5ème fois (et ce n'est qu'un début). On me déshabille pour me faire des tests cardiaques. L'interne vient me voir. Elle est gentille mais je souffre à cause des produits à base d'alcool appliqués sur mon visage. Les larmes coulent sans que je puisse les arrêter. Et j'ai enfin le droit de me voir dans le miroir. ... Je ne peux même pas décrire ce que j'ai ressenti... Moi qui fais tant d'effort pour paraître belle, je suis maintenant défigurée...
S'ensuit alors une longue journée où je vois une quinzaine de personnes viennent s'occuper de moi. Mathieu a enfin le droit de venir me voir. La première chose que je lui dis en le voyant, c'est : « Je suis horrible, je sais ». Il m'a répondu : « Arrête de dire ça, tu es toujours aussi belle ». Je sais que c'est pour me faire plaisir mais ça fait toujours du bien. De plus, au lieu de m'inquiéter pour moi, je m'inquiétais pour mes cours et pour mes profs. Ma prof de théâtre va m'engueuler, sachant que je pourrais ne pas aller au théâtre dimanche (sortie obligatoire, prévue depuis le mois de Septembre) et ma prof de français à qui je ne pourrai pas rendre mon devoir le jour prévu.
Je dois me faire recoudre en dessous du nez. Entre l'anesthésie et ma peur, je crois que j'ai eu un léger malaise pendant l'opération. Je reviens dans la salle. Il faut que je mange. Je n'ai pas envie de manger mais j'aurai fait n'importe quoi pour reprendre des forces. Avant mon repas, une infirmière doit me prendre ma tension : une fois assise, une fois debout, une fois debout après une minute, une fois debout après trois minutes. Je me suis évanouie avant d'arriver à la deuxième minute. Ma tension était à 6... (La moyenne étant à 13)Je mange et j'appelle Mathieu, alors qu'il n'avait pas le droit d'être à mes côtés à ce moment là. Heureusement qu'il a été là : j'étais assise mais je me sentais partir et j'ai fait un autre malaise. Je me suis réveillée avec trois claques d'un médecin (claques sur une de mes plaies...). Ma tension était à 7. On m'a fait une prise de sang et mit une perfusion.
Puis, je rappelle Mathieu et il m'explique. Je l'ai regardé avant de tomber, il m'a dit. Il a une phobie des hôpitaux et pourtant, il a été là, avec moi, toute la journée. Il avait du mal à supporter de voir ma perfusion et tous mes pansements. Quant à moi, je me regardais sans cesse dans le miroir tout en envoyant des sms à Mehdi. J'avais envie qu'il soit là mais je ne voulais pas qu'il me voit. Défigurée... J'ai dû répéter ce mot une trentaine de fois dans la journée. Ensuite, j'ai mangé et on a parlé. Ça m'a fait du bien, il me faisait rire même si j'avais du mal à cause de mes dents et de ma lèvre enflée. J'avais surtout du mal à manger.
Je suis fatiguée... Ma mère est restée au lieu de retourner à son travail. Elle a appelé ma grand-mère, qui bien sûr, était en pleurs (ma grand-mère, ma mère et moi-même, nous sommes pareilles). Mehdi m'apprend qu'il ne peut pas venir me voir, alors j'accepte de renter chez moi, même si je suis terrorisée à l'idée de me lever. Vers 18h00, je sors de l'hôpital. Pierre m'appelle et me demande ce qu'il s'est passé. Il a voulu venir me voir à l'hôpital, mais je partais. On raccompagne Mathieu chez lui. Et je rentre chez moi. J'entends ma mère pleurer seule, dans le salon et dans le noir. Moi, je n'ai toujours pas pleuré pour ce qui m'est arrivé. Je n'y arrive pas.
Je me connecte sur msn. Immédiatement, Pierre me demande plus d'informations. Un autre ami me demande comment s'est passé ma journée. Et Claire, à qui je n'ai pas parlé depuis plusieurs mois, me parle également. Elle était inquiète, mon frère l'a prévenue.
Quant à Mehdi, j'avoue que j'étais en colère qu'il ne soit pas venu (en colère contre sa mère également). En revanche, je réagie à ce qu'il m'a dit : « Ecoute, c'est pas de ta faute, c'est de la faute de mon médecin qui m'a donné des médicaments qui ont freiné mon rythme cardiaque au point de ne plus fonctionner comme il devrait, c'est de ma faute, car je mange pas ou je mange des conneries, [...] c'est ma faute car je sais que je ne devrais pas faire beaucoup d'exercice physique et donc, ne pas faire un sprint comme ce matin, c'est de ma faute car je savais que je ne me sentais pas bien et qu'au lieu de m'assoir, j'ai dit que tout allait bien, c'est de ma faute car au début, je n'ai pas voulu qu'on appelle qui que se soit, même pas ma mère. »
C'est de ma faute, et celle de personne d'autre (cela vaut pour Mehdi et Mathieu, qui lui aussi m'a répété sans cesse qu'il aurait dû être à mes côtés). Et de toute manière, si ce jour là, je ne serai pas sortie de chez moi, ça l'aurait fait le lendemain ou dans les jours d'après.
Maintenant, je dois attendre que ça cicatrise, que mes brûlures disparaissent et que le dentiste puisse faire des miracles...
La dentiste ne peut rien faire... "Il faut attendre". J'ai dû entendre cette phrase une trentaine de fois ! Attendre, toujours attendre. Attendre que mes plaies disparaissent, attendre que mes lèvres se dégonflent, attendre que mes dents ne bougent plus, attendre que je retrouve un vrai visage.
Attendre que je reprenne le goût de vivre...
Pendant les vacances de Février, je suis retournée chez le dentiste. Elle m'a remis les "morceaux" de dents qui me manquaient et désormais, je dois me réhabituer à n'avoir plus de trous et surtout, je dois faire attention à ma façon de manger toute ma vie.
C'est peut-être insignifiant mais cet accident m'a choqué. Choqué au point de me faire prendre conscience de certaines choses.... Depuis, je ne parle plus beaucoup, et si je parle, c'est très bas. Pendant deux jours, je n'ai pratiquement pas dis un mot, de tout manière, je me sentais mal à l'aise lorsque quelqu'un était près de moi. Mais grâce à Pierre, j'ai surmonté ce blocage... Merci à Mathieu pour être resté près de moi toute la journée, alors que tu as une phobie des hôpitaux et qu'en plus, tu n'avais pas mangé de toute la journée... Merci de m'avoir fait rire même lorsque je me regardais dans mon miroir...
Merci à Pierre d'avoir voulu me voir à l'hôpital. Et merci de toujours vouloir me voir samedi... Merci de m'avoir fait rire, de m'avoir remonté et le moral, merci du compliment, et surtout, merci, grâce à toi, car j'ai surmonté mon blocage pour parler...
Merci à Yannick pour ce que tu as dit à Jérémy et pour avoir été si gentil et attentionné avec moi...
L'article suivant était une introduction à cette journée...
Je le savais... Je le savais que j'allais me retrouver à l'hôpital... Je le savais, je l'ai même cherché...
Miss Mag
Je me dis qu'il y a pire... Imaginez tout de même mon visage avant que tout ai été nettoyé...